EFFETS DES FAIBLES DOSES DE RAYONNEMENT SUR LA SANTÉ: ÇA SE PRÉCISE
JEUDI 25 JUIN 2015
Les rayonnements ionisants à faible dose seraient responsables de certaines leucémies chez les travailleurs en environnement nucléaire. C’est ce que montre une étude internationale à grande échelle.

Une étude coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) montre que l'exposition prolongée à de faibles doses de rayonnements ionisants peut causer la leucémie. Alors que la recherche scientifique n’a pas encore cerné les mécanismes de survenue d’éventuelles pathologies liées à ce phénomène physique, cette étude confirme qu’il ne faut pas le prendre à la légère.
Un risque faiblement accru de leucémie
L'étude, que publie aujourd'hui The Lancet Haematology, et à laquelle participent l'IRSN, le NIOSH (National Institute for Occupational Safety and Health) pour les Etats-Unis, le PHE-CRCE (Public Health England’s Centre for Radiation, Chemical and Environmental Hazards) pour le Royaume-Uni, l’Université de Caroline du Nord (UNC) et le Center for Research in Environmental Epidemiology (CREAL), montre que le risque de décès par leucémie augmente linéairement avec la dose de rayonnement. “Cette étude offre l'évaluation la plus précise à ce jour du risque de développer une leucémie liée à une exposition prolongée à de faibles doses de rayonnements reçues par les travailleurs du nucléaire tout au long de leur carrière”, explique le Dr Ausrele Kesminiene, chercheur au CIRC et co-auteur de l'étude. “Elle montre que les travailleurs du nucléaire faisant l’objet de l’étude montrent une petite augmentation du risque de décéder de leucémie au fur et à mesure qu’augmente leur exposition aux rayonnements”.
L’exposition de 300 000 travailleurs évaluée de 1943 à 2005
Les expositions à de faibles doses sont typiques des expositions environnementales ou professionnelles, comme l'exposition des travailleurs du nucléaire sur leur lieu de travail, mais aussi des expositions médicales, comme celles de patients soumis à de multiples examens tomodensitométriques lors de procédures d’exploration diagnostique. L’étude INWORKS (nternational Nuclear Workers Study), s’appuyant sur les meilleures données aujourd’hui disponibles, a évalué les expositions de plus de 300 000 travailleurs du nucléaire aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni sur une période entre 1943 et 2005. Ce travail a évalué le risque de développer certains cancers, comme la leucémie, le lymphome et le myélome multiple. Les résultats mettent en évidence de solides indications d'une association positive entre l'exposition aux rayonnements ionisants et le risque de décès par leucémie et montrent que le risque de leucémie augmente linéairement avec la dose de rayonnement.
La prévalence des leucémies myéloïdes chroniques
Le risque associé à l'exposition varie avec le type de leucémie. Il était le plus élevé pour la leucémie myéloïde chronique, et il n'y avait pas de risque accru de leucémie lymphoïde chronique. L'étude montre, par ailleurs, peu de signes d'associations entre l'exposition aux rayonnements ionisants et le risque de décès par myélome ou par lymphome multiple. “Les normes actuelles utilisées en matière de radioprotection restent principalement basées sur des expositions aiguës à de fortes doses, à partir d'études menées sur les survivants aux bombardements atomiques au Japon”, a rappelé le Dr Christopher Wild, Directeur du CIRC. “Cette évaluation de l'impact cancérogène de l'exposition à de faibles doses renforce les données scientifiques sur lesquelles sont basées ces mesures de radioprotection. Ces nouveaux résultats sont importants lorsque l'on considère l'exposition aux rayonnements dans différents contextes, y compris leur l'utilisation dans le cadre du diagnostic médical”.
Bruno Benque